Après
48 heures de discussions infructueuses à l'ONU, l'ambassadeur russe
avait menacé les Etats-Unis de "conséquences négatives" en cas
d'intervention militaire. Et la réaction de Moscou ne s'est pas fait
attendre, vendredi matin : cité par un porte-parole, le président
Vladimir Poutine a qualifié les frappes d'"agression contre un Etat
souverain en violation des normes du droit international" se fondant sur
des "prétextes inventés".
Pourquoi Trump a décidé de punir Assad
Le Kremlin ajoute :
"Cette
action de Washington cause un préjudice considérable aux relations
russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable."
(En bleu : soutient la frappe américaine. En rouge : dénonce la frappe américaine)
"Mais
surtout, comme l'estime Poutine, cette action ne nous rapproche pas de
l'objectif final de la lutte contre le terrorisme international mais
dresse au contraire de sérieux obstacles pour la constitution d'une
coalition internationale pour la lutte contre le terrorisme", ajoute son
porte-parole Dmitri Peskov. "L'armée syrienne ne dispose pas de
réserves d'armes chimiques", a-t-il encore affirmé.
Mémorandum suspendu
Vladimir Poutine
avait jugé jeudi "inacceptable" d'accuser sans preuve le régime de
Damas d'être responsable de l'attaque de Khan Cheikhoun. Selon lui, "les
frappes américaines en Syrie sont une tentative de détourner
l'attention de la communauté internationale loin des nombreuses victimes
civiles en Irak", causées par les raids de la coalition anti-Daech.
"Ignorer complètement les faits concernant l'usage par les terroristes
d'armes chimiques aggrave considérablement la situation."
La
Russie a annoncé dans la foulée la suspension du mémorandum avec
Washington, conclu fin 2015, qui visait à empêcher des incidents entre
avions des deux pays en Syrie. Le ministère des Affaires étrangères
russe a réclamé :
"Nous appelons le Conseil de Sécurité de l'ONU à tenir une réunion d'urgence pour discuter de la situation."
Les défenses antiaériennes syriennes seront "renforcées", a enfin annoncé l'armée russe.
Ces tirs ont été préparés "bien avant les événements d'aujourd'hui", a dénoncé son porte-parole, Igor Konachenkov.
"L'administration
des Etats-Unis a changé mais sa façon de faire la guerre reste
inchangée depuis le temps des bombardements en Yougoslavie, en Irak et
en Libye".
L'Iran condamne les frappes
Autre allié du
régime Assad, l'Iran a condamné "vigoureusement" les frappes. Un
porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, cité par
l'agence Fars, a déclaré que l'attaque ne fera qu'"aider les groupes
terroristes qui sont en déclin et compliquer encore la situation en
Syrie et dans la région".
Mercredi, l'Iran avait "condamné
vigoureusement toute utilisation d'armes chimiques quels que soient les
responsables et les victimes" mais avait également insisté sur la
nécessité de procéder au "désarmement chimique des groupes armés
terroristes" en Syrie.
Téhéran apporte un soutien financier et
militaire au régime du président Assad et accuse régulièrement des pays
occidentaux et arabes de favoriser les insurgés en Syrie.
Londres, Ankara et Israël applaudissent
La
France, à l'origine d'une initiative avortée d'intervention militaire
en 2013, déjà à la suite d'une attaque chimique, a réagi par le biais du
ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, qui a évoqué une
"clarification" et un "signal" envoyé à la
Russie et à l'
Iran.
Dans une déclaration commune, François Hollande et la chancelière
allemande Angela Merkel, qui ont indiqué avoir été informés des
intentions américaines, ont ensuite souligné que Bachar al-Assad portait
"l'entière responsabilité" des récents développements.
Puis, en solo, François Hollande est allé plus loin face à la presse :
"Cette
opération était une réponse. Elle doit être maintenant poursuivie au
niveau international dans le cadre des Nations Unies si c'est possible,
de façon à ce que nous puissions aller au bout des sanctions contre
Bachar al-Assad et empêcher qu'il y ait de nouveau utilisation des armes
chimiques et l'écrasement par ce régime de son propre peuple".
"Il
y a aujourd'hui à cause de ce drame, à cause de cette situation, une
possibilité aussi d'ouvrir des négociations et de permettre une
transition politique en Syrie", a poursuivi le chef de l'Etat. "Voilà
pourquoi la France avec ses partenaires, notamment européens [...] va
être à l'initiative pour que nous puissions relancer le processus de
transition politique en Syrie". Un Conseil de défense doit se réunir à 19h à l'Elysée.
Les autres alliés des Etats-Unis, le Royaume-Uni en tête, ont globalement salué l'initiative de l'administration Trump.
Le
gouvernement britannique "soutient pleinement l'action des Etats-Unis",
qui ont lancé des frappes aériennes contre le régime syrien, déclare
ainsi un porte-parole de Downing Street. Ces frappes sont "une réponse
appropriée à l'attaque barbare à l'arme chimique perpétrée par le régime
syrien", estime Londres, qui précise que le Royaume-Uni "est déterminé à
empêcher toute nouvelle attaque" du régime de Damas.
En Arabie
saoudite, principal allié des Etats-Unis au Moyen-Orient, un responsable
au ministère des Affaires étrangères a assuré que son pays "soutenait
complètement" la "courageuse" décision de
Donald Trump,
tenant le régime syrien pour "responsable de ces opérations militaires"
à cause "de ses crimes odieux depuis des années contre le peuple
syrien".
Le vice-Premier ministre turc,
Numan Kurtulmus, a indiqué à la télévision qu'Ankara considérait la frappe comme "une chose positive", ajoutant :
"Le régime d'Assad doit être puni entièrement sur le plan international."
Parmi
les premiers à réagir ce vendredi matin, le Premier ministre israélien
Benjamin Nétanyahou a fait savoir qu'il soutenait "totalement la
décision du président Trump", espérant "
que ce message de détermination face aux agissements ignobles du régime de Bachar al-Assad sera entendu non seulement à Damas, mais aussi à Téhéran, Pyongyang et ailleurs".
SOURCE : l'obs