La Côte d’Ivoire est donc
entrée, à 93, 42%, dans la troisième République, avec un taux de
participation de 42, 42% du corps électoral. C’est un soulagement pour
le pouvoir. Le score est au delà de celui espéré. Mais surtout le
gouvernement peut se targuer, c’était l’enjeu réel du référendum, d’une
participation correcte pour un scrutin difficilement compréhensible par
la population et qui de façon générale mobilise peu.
Mais, à y regarder de plus prêt,
tout n’est pas rose au pays de la nouvelle Constitution de Côte
d’Ivoire, même si le texte en lui-même contient des avancées indéniables
en matière de droits nouveaux opposables à l’Etat (pour les femmes et
les jeunes notamment), en matière de contrôle démocratique et s’il
supprime le ferment de guerre civile qui subsistait dans le fameux
article 35 de la Constitution de 2000 qui établissait les conditions
d’éligibilité des candidats. Le contexte dans lequel le texte
constitutionnel a été adopté soulève quelques interrogations pour
l’avenir.
La méthode d’abord. Pourquoi
tant de précipitation pour changer la norme suprême du pays? Qu’est ce
qui empêchait de prendre un peu de plus de temps, de faire plus de
pédagogie, d’organiser des consultations qui en soient vraiment, de
donner aux députés la durée d’un vrai débat parlementaire, aux
différentes catégories de la population l’occasion de débattre sur la
question? Honnêtement, on ne sait pas. Cela aurait assurément permis aux
populations de mieux comprendre, mieux appréhender les enjeux du débat
constitutionnel et donc de s’approprier la nouvelle Constitution comme
un bien commun, choisi par le peuple.
Le boycott de l’opposition,
ensuite. Que celle-ci ait sciemment saboté la campagne référendaire en
choisissant la voie du boycott du scrutin est la marque que la classe
politique, malgré quelques signes timides, n’est pas prête pour une
véritable normalisation. Pratiquer le boycott au lieu de faire campagne
pour le « non », c’est nier la démocratie. « Démos », peuple; « cratie
», pouvoir. Oui c’est bien au peuple souverain, en démocratie, que
revient le mot final, le pouvoir suprême. Appeler le peuple à ne pas
voter est une grave responsabilité prise par ceux, dirigeants
politiques, qui ont soutenu ce boycott. Ce n’est pas en boycottant qu’on
débat.
Ce faisant, le chef de l’opposition,Pascal Affi N’guessan, clame qu’il a gagné un scrutin auquel ilCôte d'Ivoire /ONU : Ban Ki-moon salue l’adoption de la nouvelle constitution
n’a pas participé – Sic ! (lire « FPI, l’inconséquent boycott », PolitikAfrique.info, le 17 octobre 2016).
Les résultats du scrutin, enfin.
Avec 42,42 % de participation, le résultat qui sort de ce référendum
est honorable. On sait bien qu’un référendum mobilise moins qu’une
élection incarnée comme le sont l’élection présidentielle ou les
législatives. Mais l’observation minutieuse du taux d’abstention sur la
carte de la Côte d’Ivoire laisse entrevoir les fractures profondes, non
refermées de la société ivoirienne. Le nord, bastion du pouvoir, qui
mobilise et vote massivement (86, 58% de participation dans le Poro); le
centre, fief du PDCI, relativement indifférent (35, 8% de
participation dans le Gbêkê, 23, 69% à Yamoussoukro); le sud proche de
l’opposition qui suit le mot d’ordre de boycott (17, 9% de participation
dans la région des grands ponts); une capitale peu mobilisée (de 17,
98% de participation dans la commune de Marcory à 62, 81% dans la
commune du Plateau) ; et enfin une diaspora totalement désintéressée
(5,25% de participation en France, par exemple, à l’image de nombreux
pays).
Ce référendum, à bien y
regarder, a été un moment de crispation plus que de concorde nationale.
Il accouche d’un nouveau « contrat social » auquel tout le monde
n’adhère pas. Il donne à croire que cette nouvelle Constitution, aussi
légitime et légale soit-elle, ne sera finalement pas acceptée par toute
la population ivoirienne.Philippe Di Nacera Directeur de la Rédaction / http://politikafrique.info/referendum-lecons-dun-scrutin-philippe-di-nacera/ Politik Afrique
A lire aussi Côte d'Ivoire /ONU : Ban Ki-moon salue l’adoption de la nouvelle constitution
Ce nouveau texte constitutionnel
prévoit la création d'un poste de vice-président et d'un Sénat, rend
l'école obligatoire pour tous, et clarifie les conditions d'éligibilité
du président en évacuant notamment le concept d'« ivoirité » qui avait
été l'origine d'instabilités dans le passé. Le
Secrétaire général invite toutes les parties ivoiriennes, et en
particulier les dirigeants politiques et leurs partisans, à rejeter la
violence et à s’abstenir de tout propos incendiaire. Ban Ki-moon exhorte
en outre à régler tous différends ou griefs par des moyens
constitutionnels et à s’engager dans un dialogue politique centré sur la
tenue d’élections législatives ouvertes, libres et équitables dans les
semaines à venir.
Source ONU (Mise en perspective : Isabelle Dupuis)
A lire aussi / Référendum ivoirien : Sansan Kambilé : « 42,42%, est un taux remarquable pour un référendum »
«Le taux de participation obtenu, qui
est de 42,42%, est un taux remarquable pour un référendum, quand on
sait que dans de nombreux pays, ce taux oscillait entre 30 et 36% », se
réjouit le Ministre.
Selon lui, partout dans le monde,
l’on assiste à une baisse du taux de participation lors des scrutins,
hormis les pays dans lesquels le vote est obligatoire, non pas parce
qu’il n’y a pas d’enjeu, mais simplement, parce que les citoyens sont
libres de s’exprimer ou de ne pas le faire. Poursuivant, le
Ministre de la justice indique que ce référendum n’est pas une élection
ordinaire. « Ce référendum n’est pas attaché à la personne du Président
de la République. Ce ne sont pas des individus qui sont en lice ».
A la question de savoir si ce
référendum est l’expression d’un dynamisme démocratique en Côte
d’Ivoire, Sansan Kambilé répond à l’affirmatif. Il estime qu’il
s’agit là d’un acte majeur de dynamisme politique et institutionnel. «
Dynamisme politique, parce que toute la classe politique s’est engagée
dans ce référendum, que ce soit dans le cadre de la campagne pour le
oui ou pour le non », justifie le Garde des sceaux. Toutefois, il déplore des comportements anti-démocratiques de certains hommes politiques pendant ce référendum constitutionnel. A
l’en croire, « ce qui a été fait par le peuple ne peut être défait que
par le peuple ». Avant d’inviter tout un chacun au respect de la
décision du peuple souverain. Adopté à 93,42%, le référendum constitutionnel a été boycotté par l’opposition.
SOURCE : politikafrique.info

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